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Le contact avec les psychotiques nous confronte quotidiennement à l'angoisse. Nous la ressentons nous-mêmes, et d'autant plus fortement que la souffrance et le malaise profond de ces patients nous paraissent moins explicibles.
Que de fois, devant un malade que nous sentons bouleversé, inquiet, apeuré, sommes-nous tentés de le dire « angoissé »? En effet, son comportement, sa mimique, son agitation, voire même ses sueurs et l'accélération de son rythme cardiaque, nous évoquent l'angoisse. Nous utilisons volontiers le terme; bien plus: nous le suggérons au patient, mais bien souvent il le refuse.
Spontanément, le sujet plongé dans une expérience psychotique parle peu d'angoisse, et si, en quelque sorte, nous lui proposons le mot, il ne s'en saisit pas. « L'angoisse, répond-il, qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce que vous voulez dire? » Ou bien encore il proteste: « Vous ne comprenez rien; je ne suis pas angoissé: j'ai peur, on veut ma perte, je suis en danger… » Souvent aussi, il exprime son malaise en termes de souffrance physique, de tensions corporelles, ou de troubles viscéraux. Ailleurs, il nous parle de changements inquiétants à l'intérieur de lui-même, au niveau de son cerveau ou de sa pensée, mais aussi dans le monde qui l'entoure.
On nous objectera que le malade utilise précisément le délire, l'hypocondrie ou l'expression de ses malaises physiques pour éviter l'angoisse. Mais la question reste posée: comment expliquer que le psychotique, à la différence du névrosé, utilise si peu le terme d'angoisse, ou même le refuse?
Il n'est pas question de nier ou même de sous-estimer le caractère dramatique et douloureux de l'expérience psychotique, mais celle-ci ne semble pas, en général, de l'ordre de l'angoisse. Bien d'autres termes pourraient être utilisés: peur d'un anéantissement, crainte d'une catastrophe