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Bien que fait biologique omniprésent (1 500 décès par jour en France, plus d'un par minute) et universel (tout ce qui naît doit périr), bien qu'aboutissant toujours à un reste, le cadavre, dont il faut nécessairement tenir compte, la mort reste, avant tout, un fait socioculturel, par la conception qu'on en a, par l'origine qu'on lui suppose, par les conditions dans lesquelles elle se manifeste, par les fantasmes et attitudes qu'elle suscite, par les rituels qu'elle organise ou plutôt dont elle est le prétexte.
Comme tout fait socioculturel, elle subit les marques du temps et des lieux, sans oublier les milieux c'est-à-dire les couches ou les classes sociales. Toutefois, plus encore que la périodisation explicitée par les historiens (comme Ph. Ariès), le comparatisme anthropologique s'avère lourd de sens, tout spécialement si l'on joue sur l'opposition sociétés à accumulation des biens orientées avant tout sur la rentabilité et le profit et les sociétés à accumulation des hommes plus riches en signes et en symboles qu'en techniques et en outils. A cet égard, rien n'est plus stimulant que de se pencher sur les idées forces de la mort négro-africaine traditionnelle, à la fois parce que l'on peut ainsi mesurer tout ce qui la sépare de la mort occidentale mais encore parce qu'on y retrouve les thèmes fondamentaux de l'inconscient universel.
Mais si la mort est avant tout la disparition, voire la mutation ou la destruction du moi, il importe de dire quelques mots de la conception négro-africaine de la personne.
Afin de caractériser la notion de personne en Afrique noire, nous retiendrons quatre thèmes: le pluralisme, la participation, le statut (primat du personnage), la prise en charge collective.