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Cet essai de Freud a toujours exercé sur moi une sorte de fascination. J'ai longtemps tourné autour, renonçant à y entrer vraiment, rebuté peut-être par l'introduction lexicale, mais y revenant, comme poussé par une force secrète.
L'ayant lu, je me suis aperçu que mes méandres et mes détours ne faisaient que reproduire ceux mêmes de Freud, tournant autour du mot, puis de la chose, multipliant les angles de vue, ouvrant tant d'avenues et de perspectives qu'on se trouvait bientôt débordé par une richesse thématique fusant dans tous les sens, difficile à ordonner, inclassable.
Ce n'était pas à proprement parler un essai métapsychologique, cela ne pouvait se réduire non plus à une étude de psychanalyse appliquée à l'Art.
Qu'est-ce donc que Freud avait voulu nous dire? Pourquoi en 1919 avait-il écrit cet essai, pourquoi l'Unheimliche?
Juste au milieu de l'article Freud rapporte un souvenir personnel. On y retrouve la même construction, la même déambulation circulaire autour d'un point fixe fascinant. Il y fait l'expérience de l'inquiétante étrangeté.
« Un jour où, par un brûlant après-midi d'été, je parcourais les rues vides et inconnues d'une petite ville italienne, je tombai dans un quartier sur le caractère duquel je ne pus pas rester longtemps en doute. Aux fenêtres des petites maisons, on ne voyait que des femmes fardées et je m'empressai de quitter l'étroite rue au plus proche tournant. Mais, après avoir erré quelque temps sans guide, je me retrouvai soudain dans la même rue où je commençais à faire sensation et la hâte de mon éloignement n'eut d'autre résultat que de m'y faire revenir une troisième fois par un nouveau détour. Je ressentis alors un sentiment que je ne puis qualifier que d'étrangement inquiétant, et je fus bien content lorsque, renonçant à d'autres explorations, je me retrouvai sur la place que je venais de quitter. »