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Récemment un entretien avec une patiente me rappela la dominante de certaines cures: la nostalgie.
Jeanne vient me consulter au décours d'un état dépressif sévère et me tient ces propos: « C'était une dépression… je sens qu'il me faut du temps… un temps pour se détacher des choses… oui, le temps d'un deuil. Le deuil d'une certaine image de moi… je vais utiliser une métaphore politique, politique au sens de pouvoir, c'était une image de moi monarchique, despotique… d'un monarque qui domine tous ses sujets… je crois qu'il y a dans ce deuil un aspect positif, en continuant la métaphore, une évolution démocratique. »
Cette jeune femme n'était pas en analyse avec moi, aussi je ne saurais en dire plus mais ses propos me rappellent la cure de certains patients, et parmi eux je vais développer celle de Marcel, cure dont les particularités, les difficultés, la longueur, étaient reliées à la nostalgie, à la dépression, à la rareté des souvenirs, à l'abondance des fantasmes, à l'intensité de la résistance de transfert. Nous envisagerons la relation nostalgique comme une défense contre le deuil.
Marcel a 25 ans, lorsque, après un long parcours médicalisé, de multiples hésitations, il vient me voir. Il paraît apeuré, traqué, dans un état de détresse; sa venue est son dernier recours avant la solution plus définitive du suicide. Il parle par petites phrases, courtes, « essoufflées », parfois chuchotées, se succédant et traduisant la même plainte inquiète: il est impuissant et si je ne le guéris pas, il se suicidera. Il ne semble pas y avoir beaucoup de théâtre là-dedans, sa décision paraît froide et résolue. En même temps il se tient à distance de lui-même, s'abandonnant à la décision toute-puissante des médecins, généraliste et collègue, qui me l'ont adressé. Il semble y avoir une organisation dépressive de l'ensemble de ses affects, un étouffement général, tout ce qu'il dit a une coloration terne, grisâtre. Aucun plaisir n'apparaît