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L'analyste est soumis aux mêmes phénomènes psychiques que son patient. Sa mémoire, ses troubles de mémoire sont présents et témoins de son contre-transfert.
Si nous sommes plutôt à l'écoute de ces phénomènes chez le patient — la plupart des textes se rapportent à cela —, j'ai choisi, en m'appuyant sur deux exemples cliniques, de dépeindre quelques modes d'interprétations, de réactions du patient à l'écoute de la mémoire et des troubles de mémoire de son analyste.
En paraphrasant les assertions de Freud concernant les réactions des femmes qui ne peuvent supporter, dit-il, une erreur et prétendent que tout ce qui se rattache à elles doit être soustrait à l'oubli, on peut dire que certains patients professent ainsi que les erreurs de mémoire de leur analyste, ses oublis, sont une preuve qu'il veut les traiter comme des choses insignifiantes, c'est-à-dire leur refuser toute valeur.
Ce type de patient raisonne comme l'autorité militaire — l'image est aussi de Freud — qui n'admet aucune différence de principe entre une négligence par oubli et une négligence intentionnelle. La règle du patient est que son analyste doit ne rien oublier. Cette attitude que l'on retrouve, à des degrés divers et surtout dans les débuts de cure, peut même aller jusqu'à des conduites persécutives où l'analyste se sent coincé par les demandes de rigueur et de régularité, où le moindre de ses mouvements est repéré, « analysé », interprété. Le patient prend alors la place d'un « Surmoi analytique » étouffant et castrateur.
— « Vous notez, j'espère », « Vous avez bien entendu, car c'est important, il faudra vous en souvenir ». Ces rappels à l'ordre, témoins d'une angoisse à la mesure de leurs exigences, émaillent le discours de ces patients peu sûrs de leur identité, recherchant ainsi la confirmation de leur importance pour nous, seul garant — pensent-ils — de leur permanence et de leur unité.