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La théorie traumatique de la période du début de l'analyse, marquée par le passage du symptôme hystérique — en tant que réminiscence inconsciente — à la remémoration, pouvait se contenter d'une sorte de conception réaliste du souvenir, c'est-à-dire un tout scénique relié à une forte excitation réapparue en même temps que la représentation imagée du souvenir. Ce souvenir pouvait être situé dans une relation objectale, un décor vérifiable et avec une référence temporelle datable.
Avec l'abandon relatif de ce point de vue et la primauté accordée aux fantasmes issus de fragments de vu et d'entendu intervenus comme autant d'excitants pulsionnels, apparaît l'importance des traces mnésiques.
C'est dire qu'au départ il ne s'agit pas de souvenirs constitués comme tels. Quel que soit le mode d'inscription des traces sur lesquelles s'édifiera le fantasme de scène primitive, son apparition dans le champ conscient nécessitera, pour être compris dans toute sa portée, une construction, même si un souvenir a évoqué ladite scène, en la banalisant en quelque sorte. Car ce souvenir-là ne comportera qu'une part de la réalité psychique qui lui correspond. Aussi me paraît-il juste d'accentuer la distinction entre la mémoire comme conservation inconsciente, dont nous ne connaissons pas les limites — forme de mémoire qui, dans cette perspective, serait compatible avec l'exclusion respective des traces mnésiques et de la conscience, comme l'affirmait Freud —, et, d'autre part, les souvenirs, ceux que nous rapportons, élaborés dans une grande mesure, et qui ne paraissent pas compatibles avec l'antinomie en question. Même si leur recherche vise à les utiliser pour établir éventuellement une suite chronologique linéaire, ils ne se présentent