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Mon grand-père tenait de son enfance paysanne un goût certain pour les croyances magiques mais, l'âge aidant et par respect peut-être de cette ascension socio-culturelle dont témoignait au mur son diplôme de « Pharmacien de Première Classe », il avait progressivement habillé ses vieilles superstitions creusoises et son panthéisme hugolien de formulations aux allures plus scientifiques. Séduit par la métempsycose, et j'y regarde toujours à deux fois depuis sa mort lorsqu'un animal vient rôder près de moi, il se passionnait également pour la radiesthésie et se déclarait convaincu de la permanente production par tous les êtres vivants d'ondes encore mystérieuses que les savants des temps futurs ne manqueraient pas de déceler. Ceux de son époque ne venaient-ils pas de découvrir les rayons X et la radioactivité? D'inventer l'aéroplane et la T.S.F.?
Durant les longues promenades que nous faisions sur le cours de Vincennes, je trottinais pour l'entendre me réciter des vers ou me raconter l'histoire de France en épisodes plus palpitants que les leçons de l'école communale, voire m'initier à des théories fantastiques qui nous transportaient, lui le vieil homme et moi le petit garçon, vers des infinis où la vie ne s'arrêtait pas, en des lieux où nous ne nous quitterions jamais, ce que je compris bien plus tard.
« Vois-tu, me disait-il, toutes ces ondes que notre corps émet sans cesse se propagent en droite ligne dans le cosmos, telles quelles, inchangées, comme la voix du présentateur de Radio-Cité. Et un jour, à des millions d'années-lumière, elles rencontrent au travers de leur route une planète sur laquelle elles se rematérialisent. Alors toute l'histoire recommence… Tu t'imagines!… Il nous suffirait de trouver le moyen d'y aller et nous pourrions voir revivre Jeanne d'Arc ou Alexandre le Grand! ou assister à la bataille d'Austerlitz!… »
J'imaginais… C'était assez fascinant mais aussi bien inquiétant lorsque m'envahissait l'inévitable soupçon: ne devais-je pas, au moment