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La mémoire représentative et consciente que nous appelons souvenir n'apparaît pas seulement, dans la théorie psychanalytique, comme le contraire de la mémoire de répétition inconsciente et sans image. Assurément, la psychanalyse doit beaucoup à l'opposition féconde que Freud a mise en œuvre entre ces deux types de conservation, et aux chemins concrets qu'il a enseignés pour passer de la forme aveugle à la forme clairvoyante: on a pu dire que toute la cure classique consiste dans ce passage1. Mais nous portons aujourd'hui plus d'attention aux aspects les plus délicats et les plus subtils du fonctionnement psychique, notamment à ceux qui se situent aux limites de l'inconscient primaire et du corps. Nous ne croyons plus, me semble-t-il, même par mesure de simplification, que le destin de la mémoire vivante s'accomplisse intégralement par l'accession à une permanente et vive lucidité concernant les images intérieures du passé et les liens de sens qui les unissent les unes aux autres. Nous sommes devenus sensibles à une sorte de troisième état de la mémoire, qui apparaît cliniquement comme un au-delà de la récupération des souvenirs conscients, et qui se localise dans le temps en aval du travail mémoriel de l'analyse, tel que Freud l'a. décrit et proposé dans les textes classiques échelonnés sur la période 1895-1920.
Quel au-delà? Celui peut-être des pensées d'analyse du petit Hans, qui ne se rappelait plus grand-chose de ce qu'il avait naguère évoqué et compris: c'est-à-dire celui du progressif estompage dans lequel entrent de manière très générale, bien avant la vieillesse, même les souvenirs