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A la fin du bouleversant document intitulé Une famille comme les autres1 où elle a rassemblé les lettres écrites par les membres de sa famille avant leur disparition dans les chambres à gaz d'Auschwitz, Denise Baumann écrit son attente sans espoir:
« La vérité devient chaque jour plus lancinante: inutile de jouer le jeu de l'attente, personne ne reviendra.
« Je sais, mais refuse ce savoir, renonce à connaître les détails de leur misérable mort et par là même, m'interdis le travail du deuil.
« Pendant des armées, mes cauchemars m'ont conduite à Auschwitz; dans mes rêves s'échafaudait en plans bizares et aventures irréelles tout ce que j'aurais dû faire pour les sauver… Au petit matin, dans la période glauque séparant le sommeil profond du réveil véritable, affleurait à la conscience cette culpabilité d'être vivante, moi, toute seule, pourquoi? sous forme d'un remords bref, fulgurant: comme il y a longtemps que je n'ai pas été à V… les voir! La maison, le jardin de mon enfance m'attendent avec eux, pourquoi tarder à les rejoindre? Ils ne vont pas être contents. Et les enfants, elles doivent être grandes maintenant… je dois y aller. Telle cette femme allemande, réfugiée aux Etats-Unis, niant la mort d'un fils chéri, dans les camps allemands, l'imaginait vivant en Sibérie, ayant famille et occupations, en parlait comme d'un membre de la famille, séparé par des circonstances de vie, célébrait son anniversaire, le faisant naître une seconde fois, j'inventais pour ma sœur une vie amnésique en quelque endroit retiré et je m'expliquais le fait de ne pas la visiter par la crainte que ma présence lui redonnant la mémoire, elle ne découvre la mort des siens… Parfois, mon père, ma mère la remplaçait dans un contexte identique… Et le jour enfin venu effaçait ces survies précaires, renvoyait les ombres à leur nuit, imposait la réalité.
« Chaque hiver aussi, je revivais par la pensée la période allant de la dernière arrestation aux lettres d'adieu, cheminant à leur côté, impuissante à