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Se raconter des histoires à soi-même, c'est aussi avoir pu s'en laisser conter, ce qui permet alors d'en raconter aux autres. L'importance prise dans la cure d'une patiente ancienne anorexique, par une rêverie, m'a amené à envisager cet aspect de l'illusion.
Dans les premiers textes de Freud, les rêves diurnes apparaissent dans toute leur importance, comme matériel de recherche à fonction médiatrice de transition vers les rêves nocturnes, les symptômes hystériques, les souvenirs infantiles, les comportements pervers. De ces liaisons spécifiques se dégagent les notions de sexualité infantile, d'inconscient, de fantasme, de processus secondaire et de processus primaire.
La rêverie comme fait clinique offre un contenu manifeste interprétable, mais c'est aussi un processus psychique et un état affectif du Moi symptomatique de conflits pulsionnels. Le développement de l'aptitude à la rêverie participe de l'aptitude à créer l'illusion, et situe la rêverie au carrefour de la régression, du sommeil, mais aussi de la sublimation et de la création. Au cours de Mille et Une Nuits, Schahrazade réussit son destin de femme et de conteuse.
Lorsque la rêverie devient symptôme, corps étranger dévitalisé, ses fonctions médiatrices se réduisent. Au cours du processus analytique, et par son insertion dans les mouvements transférentiels, elle retrouve ses fonctions de liaison qui la réintègrent dans la dynamique des processus psychiques.
L'érotisation est apparue comme un mode de défense privilégié dont les déplacements pouvaient traduire l'évolution de l'équilibre économique des investissements libidinaux narcissiques et objectaux.