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Je me propose d'explorer la fonction des premiers nombres dans la mise en ordre, l'exposition et l'organisation de la pensée en général et, par là, de mieux saisir la conviction qu'elle aide à emporter. Toute systématisation compte et mesure, prend une valeur et un poids, en opérant une classification simple, et compte plus, souvent sans que l'on perçoive le ressort de ce pouvoir. La découverte d'une loi, d'un mécanisme, permettant d'unir ce qui s'offrait comme variété disparate et de donner forme à l'amorphe entraîne le sentiment ou la certitude d'avoir atteint un point de référence, ultime ou d'origine, une vérité, même provisoire, ou une croyance ainsi plus fortement affermie.
En nommant les premiers nombres il faut entendre ceux qui servent effectivement à l'organisation de la pensée dans son développement discursif. Je n'examinerai donc ici que ceux-là, depuis le 1 et le o jusqu'au 6: au-delà, du 7 au 12, par exemple, il est beaucoup plus rare que la pensée se « moule » ou se distribue dans leur cadre.
On aura compris qu'il ne s'agit pas d'étudier le symbolisme individuel de n'importe quel nombre ou le symbolisme collectif de certains comme le 13, le 28 ou le 33 qui ne servent pas en fait à structurer le discours.
Ce qui me retiendra c'est la progression de la pensée en ses moments forts de cohérence et sa manière constante de ramener tant ses propres parties que ses objets et ses concepts à ces premiers nombres, plutôt que d'avoir recours à une multiplicité énumérative ou à une errance répondant à des éventualités plus élevées ou indéfinies.
La généralisation de la pensée, les lois qui ordonnent la moindre action, obéissent à un « principe de parcimonie ou d'économie », le rasoir d'Occam (« Il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité »), qui est à la base de cette satisfaction mentale suscitée par l'efficacité