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Le vécu est caractérisé par l'immédiateté du rapport de l'homme au monde, du sujet à la réalité. Cette illusion devient un obstacle épistémologique quand elle offre à la pensée la tranquillité de l'évidence. C'est en effet en elle que prend naissance tout ce qui « va de soi », tout ce qui est « ce que c'est », c'est-à-dire tout ce qui cherche à masquer que la pensée et le monde, les pensées et les « faits », les mots et les « choses » sont des réalités hétérogènes. La connaissance n'est pas la vue, le repérage d'objets existant en soi dans le monde, elle est la construction d'objets de connaissance. Pour elle — à la différence de l'opinion pour qui « c'est un fait » est un argument irrécusable — le fait est ce qui doit être établi, construit ou rectifié, en un mot est le produit de l'activité cognitive. L'art en tant que phénomène humain n'a rien d'évident. II est un fait qui exige une élaboration discursive. Ce n'est que construit que l'art peut être concept, c'est-à-dire avoir légitimement sa place dans le discours théorique.
La pensée freudienne semble doublement permettre une appréhension du fait artistique. L'art n'est pas un objet extérieur au discours analytique, et celui-ci n'est pas étranger à l'art. Comme le rappelle J. Chasseguet-Smirgel2, la psychanalyse n'a pas à être appliquée aux œuvres d'art comme on importe une théorie, un modèle, sur un élément primitivement étranger. Au même titre (ou presque) que le rêve, les actes manqués, les symptômes névrotiques, l'art est un objet du discours psychanalytique. Celui-ci n'est pas seulement un modèle