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La fleur du feu, c'est la fleur du soufre, qui était pour les alchimistes le symbole de la sublimation. Dans la théosophie de Jacob Boehme (1575-1620), le symbolisme alchimique tient une très grande place. Certes, l'alchimie à laquelle se réfère Boehme est une pratique spirituelle. Pour Boehme, l'artiste, c'est le Verbe divin qui opère dans la matière de l'âme.
L'œuvre chimique est un cycle que parcourt la matière pour aboutir à sa plus grande perfection. De même, l'âme suit un devenir qui, s'il s'accomplit dans sa totalité, la rendra parfaite. La pierre philosophale est dans cette perfection de l'âme arrivée au terme de sa maturation.
La sublimation, c'est ce mouvement d'élévation. Mais son symbole, qui est la fleur du feu, en marque aussi l'achèvement. La fleur du feu, c'est un lys. L'âme rendue parfaite est ce lys. Or, le lys qui pousse et s'épanouit dans le feu, c'est l'or qui croît dans la terre comme un végétal, selon une vieille croyance qui donne tout son sens à l'opus chimique.
Pour Boehme, la sublimation est une élévation et un accomplissement. Mais conformément au symbolisme alchimique, c'est aussi une transmutation. Pour la rendre parfaite, il faut transformer la matière. De même, le devenir de l'âme, c'est sa transmutation. Au commencement, l'âme est à l'image de la matière imparfaite. Elle a besoin d'être changée. Le cycle que parcourt l'âme est l'histoire de sa transmutation.
Selon Boehme, l'âme n'est nullement le principe immuable qu'un philosophe opposerait au corps. L'âme est en devenir, elle n'a pas d'emblée la perfection de l'être. L'âme n'est pas d'emblée. Elle naît à elle-même. Ce que décrit la théosophie de Boehme, c'est principalement l'histoire de cette naissance qui, très paradoxalement, se produit alors que pour nous, l'âme existe déjà.