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En prenant connaissance de votre lettre me priant d'examiner quelques rêves de Descartes, mon premier sentiment fut une impression d'angoisse, car travailler sur des rêves sans pouvoir obtenir du rêveur lui-même des indications sur les relations qui peuvent les relier entre eux ou les rattacher au monde extérieur — et c'est bien le cas lorsqu'il s'agit des rêves de personnages historiques — ne donne, en règle générale, qu'un maigre résultat. Par la suite, ma tâche s'est révélée plus facile que je ne m'y attendais ; pourtant le fruit de mes recherches vous apparaîtra sans doute beaucoup moins important que vous n'étiez en droit de l'espérer.
Les rêves de notre philosophe sont ce que l'on appelle des « rêves d'en haut » (Träume von oben), c'est-à-dire des formations d'idées qui auraient pu être créées aussi bien pendant l'état de veille que pendant l'état de sommeil et qui, en certaines parties seulement, ont tiré leur substance d'états d'âme assez profonds. Aussi ces rêves présentent-ils le plus souvent un contenu à forme abstraite, poétique ou symbolique.
L'analyse de ces sortes de rêves nous amène communément à ceci : nous ne pouvons pas comprendre le rêve ; mais le rêveur — ou le patient — sait le traduire immédiatement et sans difficulté, étant donné que le contenu du rêve est très proche de sa pensée consciente. Il reste alors encore quelques parties du rêve au sujet desquelles le rêveur ne sait que dire : ce sont, précisément, les parties qui appartiennent à l'inconscient et qui, sous bien des rapports, sont les plus intéressantes.
Dans le cas le plus favorable, on explique cet inconscient en s'appuyant sur les idées que le rêveur y a ajoutées.