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A l'époque à laquelle Paul Valéry commençait à s'intéresser passionnément aux rêves, il ne se doutait pas de l'extension que prendrait leur étude et de l'application qui en serait faite à la suite des travaux qu'entreprenait, à ce même moment, Sigmund Freud.
De ces travaux, il eut par la suite une connaissance incomplète et la direction qu'ils avaient prise n'était pas celle vers laquelle il se dirigeait, bien que l'attrait qu'il ressentait pour les rêves fût vraisemblablement, mais secrètement, suscité par le désir d'un savoir qui leur était inhérent.
Il fallait sans doute qu'il en fût ainsi pour que son intérêt s'exerçât avec tant d'intensité sur le désordre, l'insaisissable et l'étrangeté du rêve, si opposé, par ces caractères, à la rigueur de sa pensée vigile, à son élaboration précise et aux impératifs si exigeants auxquels il soumettait son œuvre poétique. Sa curiosité était sollicitée, par contrecoup, envers les matériaux bruts qui se présentaient spontanément à son élaboration et à sa recherche. Critique à l'égard des auteurs qui prônaient la spontanéité, vantaient l'inspiration et ce qu'elle devait à la passion, en quelque mépris qu'il tînt leur expression littéraire, il ne méconnaissait nullement ce qui se présentait à l'état naissant et les ressources qui s'y trouvaient fournies.
A partir d'une sensibilité, dont il eut à souffrir, ainsi qu'il le rapporte en maints passages, il fonda les bases de son estime de soi sur la maîtrise de cette sensibilité. La maîtrise, le pouvoir qu'elle suppose, il voulut les exercer, non seulement sur les manifestations immédiates de sa sensibilité, mais aussi sur le retentissement qu'elle pouvait