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Un des multiples intérêts de la correspondance entre Freud et Jung qui couvre les années allant de 1906 à 1914 est de nous permettre de suivre l'évolution de la pensée de Freud pendant toute cette période, évolution qui devient évidente en 1914 quand paraît Pour introduire le narcissisme et se poursuit dans ses écrits ultérieurs.
Bâties sur les névroses de transfert, ses premières conceptions vont devoir se confronter aux problèmes des psychoses. Ce sont des patients que Freud ne connaît guère dans son cabinet, et seule une collaboration avec les psychiatres pouvait l'aider à y avoir accès. Mais c'est le silence à Vienne, où les intérêts du professeur de psychiatrie von Wagner-Jauregg, qui avait été un des proches condisciples de Freud au moment de leurs études, étaient axés sur la biologie.
Aussi était-il particulièrement important pour Freud d'entrer en relation avec l'asile psychiatrique du Burghölzli, dont le médecin-directeur, Bleuler, également professeur de psychiatrie à Zurich, orientait toutes ses recherches en fonction de la psychanalyse. Nombreux seront les psychanalystes qui viendront s'y former : ne citons qu'Abraham et Jones. Par ailleurs, à partir du Burghölzli, la psychanalyse se répandit dans le monde psychiatrique. La correspondance entre Bleuler et Freud, malheureusement toujours non publiée, nous donnerait sans doute bien d'autres renseignements sur la façon dont elle y fut reçue.
Les lettres de Jung, médecin-assistant dans le même établissement depuis 1900, très préoccupé par la diffusion de la psychanalyse, nous fournissent de nombreux éléments : de l' « anathème » des psychiatres dont parlera Freud plus tard, on passe à des positions plus nuancées allant de l'hostilité ouverte de Kraepelin qui souhaite pourtant envoyer un observateur dans un congrès de psychanalyse, à l'intérêt