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Au printemps 1915, Freud rédige en quelques semaines de travail intense les cinq essais qui forment l'actuelle Métapsy enologie. Pour illustrer sa théorie à l'aide d'exemples portant sur des processus complexes, il choisit de parler du rêve et du deuil. L'un et l'autre appartiennent, nous dit-il, à la catégorie intéressante de ce qu'il nomme les « prototypes normaux d'affections pathologiques » (Complément métapsychologique à la science des rêves, 1915, § 1).
Pourquoi rêve et deuil, et seulement rêve et deuil ? D'autres prototypes existent, Freud l'assure. Et, brièvement, il en mentionne au moins un (qui retiendra ailleurs son attention) : l'état amoureux. Or point de choix sans motif, manifeste et latent. On peut s'interroger sur l'absence de référence à l'état psychique particulier de la création, théorique et littéraire, à laquelle s'adonne au moment même l'auteur de la Métapsychologie, depuis longtemps familier avec l'écriture. Et à l'arrière-plan de l'état de création scientifique ou esthétique, il y a l'état psychique de la grossesse, de la gestation et de l'enfantement. D'un autre côté, l'état propre au patient dans l'analyse, l'amour de transfert avec la névrose de transfert, n'est-il pas lui aussi intermédiaire entre le « normal » et le « pathologique » ? Mais il existe encore d'autres économies et d'autres moments bien discernables du devenir humain qui occupent cette même position frontière : telle l'expérience de l'adolescence, toujours si normalement étrange, et prête sans pathologie à verser en direction du pathologique. Le choix de Freud est donc partial, même s'il résulte de la nécessité didactique de limiter le nombre des exemples.