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II s'efforçait désespérément d'appeler « maman », mais aucun son ne sortait de sa bouche. Lorsque enfin il parvint à crier, il entendit distinctement sa propre voix et sentit le bras de sa compagne qui cherchait à le réveiller. Quel soulagement que d'échapper à ce rêve inquiétant. Curieux accomplissement de désir, fût-il onirique, que celui de ne pas réussir à appeler sa mère. Et pourtant le bonheur du réveil, — en français on s'endort et on se réveille, on ne se dédort pas —montre bien que de cette mère, le rêveur ne veut pas.
L'accomplissement du désir est alors de réussir à ne pas appeler sa mère. Qu'elle reste absente, elle qui dès l'origine a contraint l'enfant à dormir seul. Même les jumeaux sont selon la tradition condamnés à dormir séparés l'un de l'autre, deux berceaux dès la première heure, ou pour le moins le mur des langes.
Rasséréné par ce réveil l'ayant sorti de son angoisse mais non pas repu de sommeil, le rêveur s'endort à nouveau. Son deuxième rêve est fait à la fois d'images et d'absence de sons. Il est couché à l'étroit dans une boîte hexagonale allongée se rétrécissant vers les pieds, une sorte de cercueil capitonné sans son couvercle. C'est l'entracte et la vendeuse d' « eskimos » s'approche. Du geste il l'invite à prendre place à ses côtés. Elle hésite, puis sur son insistance s'étend contre lui. Il sent le tissu rugueux de sa robe de laine mauve. Son bonheur de l'avoir tout contre lui est tel qu'il en perd l'usage de la parole. Aucun mot n'est à même de traduire cet ineffable sentiment de satisfaction confinant à la béatitude. Le temps s'arrête pour le rêveur, mais passe cependant pour la vendeuse d' « eskimos ». Elle ne peut attendre en vain les paroles d'amour qu'elle aurait voulu entendre, elle se lève et s'en va en silence. C'est la fin de l'entracte. Sa sortie coïncide avec l'extinction des lumières et le réveil navré du dormeur.
Cette fois-ci il se sent profondément seul, perdu, abandonné, écrasé par la vanité de l'existence, et se tourne v