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Dans l'un de ses Cahiers, Paul Valéry jette cette note :
Somatisme (Hérésie de la fin des Temps)
Adoration, culte de la machine à vivre1.
Sommes-nous arrivés à la fin des temps ? L'hérésie annoncée par Valéry est presque devenue la religion officielle. Il n'est question que du corps, comme si on le retrouvait après un très long oubli : image du corps, langage du corps, conscience du corps, libération du corps sont devenus des mots de passe. Par contagion, les historiens s'intéressent à tout ce que les cultures antérieures à la nôtre ont fait du corps : tatouages, mutilations, célébrations, rituels attachés aux diverses fonctions corporelles2. Les écrivains du passé sont à leur tour pris à témoin, de Rabelais à Flaubert : du coup, l'on a lieu de s'apercevoir que nous ne sommes pas les Christophe Colomb de la réalité corporelle. C'est la première connaissance qui soit entrée dans le savoir humain : « Ils connurent qu'ils étaient nus » (Genèse, 3, 7). Et depuis cet instant, le corps n'a jamais pu être ignoré.
Il n'empêche toutefois que la conscience du corps, telle qu'on la pratique et telle qu'on en parle dans notre société, a certains traits originaux et nouveaux qu'il importe de dégager, et dont il serait utile de mettre en évidence les antécédents — en bonne méthode génétique. Mais, pour ne pas m'égarer (et parce que je crois que les généralisations les plus fécondes sont celles que préparent des études assez précises sur des aspects partiels), je m'en tiendrai à un problème assez limité : la perception interne du corps propre — la cénesthésie — dont il n'est pas niable qu'elle est une composante de la « sensibilité » contemporaine,