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Nul besoin de prêter l'oreille au corps silencieux qui va bien : sa présence ne fait pas de doute, évidente comme le narcissisme qui la fonde, même si, à tout moment, on peut en percevoir plus ou moins nettement la preuve vivante, ou se donner la représentation imagée de son fonctionnement.
Etre dans son corps, se savoir de ce corps, ou penser son corps, ne sont, somme toute, que les modalités d'une bonne intégration ; les signes de la permanence constituée d'un sentiment du « dedans ».
Il a été beaucoup question, ces jours-ci, de « dedans » et de « dehors ». Je voudrais, pour ma part, insister sur l'importance qu'il faut attacher au mouvement souple et continu de va-et-vient entre ce « dedans » et ce « dehors ». Trois exemples cliniques illustreront les difficultés où se trouvent les patients qui ne peuvent rassembler, en un sentiment unique de leur intime appartenance, certaines données extérieures qui leur collent à la peau, sans espace, et les dépouillent de ce fait d'eux-mêmes.
I — J'ai eu l'occasion de voir, à la suite d'une tentative de suicide, un homme d'une trentaine d'années, qui était en dialyse depuis son adolescence. Pendant longtemps on lui avait fait espérer une greffe du rein, qui avait finalement été pratiquée. Il n'y avait pas eu de rejet. C'est alors que l' « enfant du service », considéré comme guéri, avait fait, au début d'un long épisode psychotique, cette tentative de suicide.
Certes, on peut comprendre qu'il lui ait été douloureux de renoncer aux bénéfices secondaires que lui valait un traitement de longue durée, et qu'il se soit senti, selon son expression, « largué ».