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Etrange fantasme et combien méconnu que celui qui fait l'homme convaincu d'être « dans » son corps.
Comme un occupant, ou, à l'autre extrême, comme hors d'un corps dont il serait différent et séparé.
Nous portons en nous le sentiment d'un corps contour, contenant notre vie et ignorons, ainsi, que notre corps est notre vie.
« Ce n'est pas moi qui suis malade, c'est quelqu'un d'autre », nous rapportait Michel de M'Uzan, à Deauville, d'une patiente gravement malade et proche de sa mort.
« Je est un autre », écrit Rimbaud.
« Je suis l'autre », signe Gérard de Nerval, sous son portrait, pris sans doute dans les perplexités que déclenchent le reflet, l'image d'un soi renvoyé de l'extérieur, qui nous surprend et nous désoriente souvent si profondément.
Les poètes nous disent de telles déchirures et les philosophes les interrogent depuis toujours.
Mais nous sommes tous plongés, bien plus que nous ne l'admettons, en des étrangetés silencieusement analogues.
C'est ainsi que chacun se rêve autre que son corps qu'il perçoit comme une enveloppe, qu'un jour il abandonnera, la laissant déshabitée d'un moi qui poursuivra, ailleurs, d'autres destins. Cette illusion est en tous si prégnante qu'elle recouvre même ce qu'a de surprenant la formule banale : « J'ai un corps », remplaçant celle qui serait plus vraie : « Je suis corps. »
Comme si, enroulé sur soi-même au point de se perdre, chacun s'affirmait ainsi, sans cesse, autre que son corps.