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Les corps de l'analyste comme celui de l'analysé sont impliqués dans la cure analytique bien que celle-ci se passe essentiellement sous le signe de la pensée et du langage. Deux vignettes cliniques illustreront ce propos.
Adrienne est une belle jeune femme de trente ans, qui vient en analyse sans raison bien précise, elle éprouve une sorte de « mal-être », et un désir de se mieux connaître. Pendant les premiers mois de la cure, elle parle à voix très basse presque inaudible. Son discours est apparemment anodin, elle évite tous les sujets pouvant avoir un caractère affectif, elle ne parle même pas de son travail, déclarant parfois que tout ce qu'elle pourrait dire sur ce plan-là n'aurait pas d'intérêt pour moi, ou serait indiscret. Lorsqu'elle parle de quelqu'un elle ne donne aucun nom et indique seulement quelques vagues liens de parenté ou de relation, de sorte que je me sens dans une sorte de flou où je ne discerne ni personnages, ni faits précis.
Un jour, me vient à l'esprit cette phrase apparemment incongrue, devant le calme et le ton monotone d'Adrienne : « Quelle bombe de dynamite ! ». Je suis étonnée et j'essaie de comprendre. Je ne sais si l'on fait des bombes avec de la dynamite, mais ces deux mots sont associés, pour moi, à des images d'explosion et de mort. Je me dis bien, intellectuellement, que les personnes qui ne manifestent jamais leur agressivité l'ont fortement refoulée, mais ce que j'éprouve est d'un autre ordre, de l'ordre de l'étrange. Je ressens un vague malaise. J'évoque alors la pensée paradoxale décrite par Michel de M'Uzan1, l'apparition de mots insolites qui, selon lui, « entraînent pour l'analyste une sorte d'aliénation momentanée (et…) correspondent à des processus