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La boussole du psychanalyste, c'est l'image de son corps projetée dans le psychisme et manipulée par le langage, disais-je il y a une quinzaine d'années à un jeune collègue, très brillant théoricien qui venait de me rendre l'immense service de me traiter de psychanalyste sans boussole.
Jean Starobinski nous a remarquablement situé l'œuvre de Freud au terme de l'évolution d'une pensée concernant les rapports du psychisme et du corps. Ce qui m'est apparu à l'évidence à la fin de son exposé c'est que nous, psychanalystes, nous ne pouvions nous contenter de voir Freud comme un élément d'une évolution, tellement nous vivons son œuvre comme une mutation, une révolution par un mode de pensée structuralement différent de celui de tous ceux qui l'ont précédé.
Ceci par l'introduction et surtout l'utilisation qu'il a faites de la notion d'inconscient. A sa suite le psychanalyste ne peut plus considérer sa relation avec le corps sans la lier, sans passer par sa relation avec l'inconscient. Je crois pouvoir interpréter la pensée de Freud en disant que le lien entre le corps et la pensée consciente c'est l'inconscient, que ça ne peut être que l'inconscient, et sans jeux de mots, la première caractéristique de l'inconscient, c'est d'être inconscient.
Ce qui peut nous troubler c'est que Freud est quelqu'un qui a parlé du corps dans son fonctionnement avec une extraordinaire intelligence et une remarquable audace. Un exemple entre mille, sa phrase, véritable équation psychanalytique : « Le pénis, l'enfant et le bâton fécal sont des corps durs qui par leur entrée ou leur sortie excitent un canal muqueux. » A priori nous pourrions penser qu'il parle là directement du corps. Mais ce serait oublier qu'il a pris la peine de distinguer très soigneusement auto-érotisme et érotisme en situant l'auto-érotisme avant et en dehors de la relation d'objet, qu'en utilisant l'expression « racine biologique de la pulsion », il nous invite à distinguer la pulsion