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En 1917 fut créée par la troupe de Vilna, dans son texte original yiddish, une pièce de Chalom Anski, Le Dibouk. Légende dramatique, elle se situe dans une atmosphère à la fois étrange, inquiétante et lyrique. Le hassidisme, mouvement populaire cristallisant au XVIIIe siècle les courants messianiques qui agitèrent le judaïsme, en imprègne les personnages. La Kabbale, ensemble de traditions ésotériques aux caractères mystiques dont la lecture trop assidue exposait aux pouvoirs de forces redoutables, y est en conflit avec le Talmud, code des volontés divines, qui s'adresse à la raison du fidèle.
Le merveilleux des rabbi miraculeux y côtoie le réalisme et le mystère du quotidien, dans la vie d'une petite communauté juive du Sud-Ouest polono-lituanien de l'Empire russe. Mais, au-delà des sources et des implications profondément religieuses de cette pièce, le thème légendaire, qui suppose la croyance à un cycle de métempsychose, à la transmigration et à la réincarnation, nous apparaît d'une très grande richesse psychologique et d'une très grande profondeur.
Trois batlans (espèce particulière de pieux mendiants) psalmodient, dans une atmosphère de rêve, à l'intérieur de la synagogue ; une vieille femme, Hana-Ester, vient en courant se lamenter sur le sort de sa fille mourante, et implorer sa guérison ; pendant que le messager, personnage qui disparaît et apparaît tout au long de l'œuvre de façon magique, prémonitoire, dans des interventions faites à la fois de mystères, de dévoilements et de révélations, parle avec Hanan. Le messager sait ce que les acteurs du drame ne savent pas, et ses paroles contribuent à éclairer progressivement les spectateurs, et les personnages, sur le secret de leur destin. C'est lui qui explique, dès la première scène, la lutte qui s'engage dans l'âme d'un être qui est sur le point de mourir, pour entrer dans le corps d'un être qui n'est pas encore né : « Si la malade meurt, l'enfant naîtra. Si la malade se rétablit, ce sera un enfant mort-né. »