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La psychanalyse, après avoir été centrée sur le désir inconscient, au risque, peut-être, de méconnaître ou de minimiser les besoins du moi et du narcissisme, s'est occupée préférentiellement, ces vingt dernières années, de la pathologie du moi, des besoins et des traumatismes narcissiques, au risque, cette fois, de méconnaître le désir inconscient et d'ignorer la généralité du conflit œdipien, une théorie faisant écran par rapport à une autre.
Un aspect particulier des troubles narcissiques concerne le sentiment d'exister, ou encore le sentiment d'identité. Les patients s'expriment tantôt sur le mode du doute: « Je ne sais pas si c'est moi qui pense ce que je pense », tantôt sur le mode de la carence: « Je n'ai pas le sentiment d'exister vraiment. » On rencontre aussi la requête: « Je voudrais savoir qui je suis », et le désaveu: « Je ne suis bien que dans la peau d'un autre. »
L'articulation entre le dévoilement du désir inconscient et la demande de reconnaissance du moi me paraît essentielle pour mener à bien ces cures.
Ces questions de l'existence et du sentiment d'identité trouvent en nous différents échos selon le moment du processus analytique et les modifications de la relation transférentielle.
N'y a-t-il pas, à l'origine de notre fonctionnement d'analyste, ou même de notre vocation, la préoccupation d'une identité originaire à retrouver, d'une originalité à préserver, d'une vérité à atteindre ? Le fantasme d'un « authentique » à dévoiler accompagne notre démarche comme, sans doute, celle de Winnicott élaborant le concept de « faux self » [25], celle d'H. Deutsch décrivant les « personnalités as if » [7]. Démasquer des personnages, déjouer des scénarios, découvrir l'affirmation déniée, la fascination désavouée, n'est-ce pas là le plaisir du psychanalyste ?