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« Il y a peut-être une différence à établir, dit Freud, entre l'inquiétante étrangeté qu'on rencontre dans la vie et celle qu'on s'imagine simplement ou qu'on trouve dans les livres… »1.
C'est bien l'inquiétante étrangeté « que l'on rencontre dans la vie » que je veux tenter de décrire ici, non celle que « je m'imagine » parfois ou que « je trouve dans les livres ».
Dans la vie, c'est-à-dire dans l'exercice quotidien de la psychanalyse de patients névrosés, psychotiques et de la psychothérapie de patients atteints d'une pathologie somatique avérée qui les a conduits à l'Hôpital de la Poterne des Peupliers. Car il me semble en effet qu'il convient de marquer la différenciation entre l'inquiétante étrangeté que le patient relate, dont il souffre, qu'il redoute, la considérant comme un symptôme plus ou moins angoissant, et l'inquiétante étrangeté que le patient, précisément, n'éprouve pas. Ne la ressentant pas parce que située en-deçà ou hors, fût-ce transitoirement, d'une organisation mentale apte à sa survenue, ce peut être chez l'investigateur ou le thérapeute qu'elle survient alors, constituant le cas du sentiment d'inquiétante étrangeté « par excellence, selon E. Jentsch cité par Freud, où l'on doute qu'un être en apparence animé soit vivant, en appelant à l'impression que produisent les figures de cire, les poupées savantes, et les automates »2.
Trois cas cliniques nous amèneront à cerner, en leurs différences, ce passage de l'inquiétante étrangeté dénoncée avec plus ou moins d'angoisse, de permanence ou de fugacité, par une patiente névrosée (hystéro-phobique), puis un patient relevant d'une structure psychotique complexe où sont indiqués des traits persécutoires, à l'inquiétante étrangeté induite en moi par une grave malade somatique présentant