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Dans un numéro précédent de la Revue (Des Sublimations; n° 5-6, 1979), j'ai présenté l'aspect « rassurant » des Mathématiques, lorsque leur pratique est réussie avec plaisir, comme dans le cas des chercheurs de haut niveau; elles peuvent alors être utilisées comme une défense aux pulsions, parfaitement réussie. Mais il est tout autant vérifié que cette même discipline présente un aspect angoissant, inquiétant, en cas d'échec, comme toute inhibition intellectuelle, qu'on peut, dans ce cas, qualifier d'étrange, venu d'ailleurs, d'un autre monde, celui des morts ou de la fiction.
En relisant l' « Inquiétante étrangeté », il m'a semblé y redécouvrir quelque chose du discours, des sensations, évoqués par ceux qui se disent « nuls en Maths ». Il sera ici question du lien éventuel entre ma réflexion d'enseignante en Mathématiques, gardant un peu de son écoute d'analyste, et mes associations, en relisant ce merveilleux article, riche et poétique, de l' « Inquiétante étrangeté ». Quels aspects spécifiques aux Mathématiques apparaissent comme les plus étranges à ceux des humains qui se sentent à l'extérieur de ce monde mathématique, tout en étant, si j'ose dire, « normaux », tant sur le plan intellectuel que psychologique.
Pourquoi tant de personnes, très intelligentes par ailleurs, ne comprennent-elles pas les Mathématiques ? Elles disent souvent éprouver un sentiment d'inquiétude, se sentant étrangères à cette forme de logique. Je pense qu'en effet les Mathématiques n'invoquent pas les règles de la logique, au sens courant du terme: ce ne sont pas celles acceptées par tous les esprits bien faits, ni celles dont l'évidence est fondée sur des principes communs à tous les hommes et que nul ne saurait nier sans « être fou » au sens large du terme; ceci expliquerait le grand nombre d'individus totalement réfractaires à ce système de pensée.