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« Je ne sais comment cela se fit, mais au premier coup d'œil que je jetai sur le bâtiment, un sentiment d'insupportable tristesse pénétra mon âme. Je dis insupportable, car cette tristesse n'était nullement tempérée par une parcelle de ce sentiment dont l'essence poétique fait presque une volupté, et dont l'âme est généralement saisie en face des images naturelles les plus sombres de la désolation et de la terreur. »
Dans son article de 1919, Freud introduit la notion d'inquiétante étrangeté comme faisant partie du domaine de l'esthétique. Ce sentiment lui semble apparenté à l'effroi, à la peur, à l'angoisse, affects « repoussants et pénibles ». C'est la raison pour laquelle il lui semble n'avoir que peu retenu l'attention des philosophes de l'Art.
Or, si l'inquiétante étrangeté déclenche ces affects pénibles, il s'y mêle toujours un certain plaisir — plaisir duquel Freud ne parle jamais. Ce manque, cette absence sont remarquables et dignes d'intérêt, car l'inquiétante étrangeté paraît plutôt un carrefour d'affects contradictoires, où l'anxiété se mêle au plaisir, l'attirance au dégoût, la volupté à la terreur, la terreur à la fascination.
Cet aspect contradictoire de l' Unheimliche va se révéler au fur et à mesure que se déroulera la recherche linguistique de Freud sur les différents sens du mot lui-même. Le point de départ est la constatation que unheimlich: sinistre, lugubre, étrange (non familier) s'oppose à heimlich: intime, hospitalier, rassurant, calme, confortable (familier) — mais aussi: caché, occulte, secret, comme ce qui se dissimule dans le lieu de l'intimité (« les parties secrètes du corps »).