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Lorsque le Comité de Rédaction de la Revue française de Psychanalyse me demanda d'écrire quelques réflexions de psychiatre non psychanalyste à propos de l'article de Freud : « Communication d'un cas de paranoïa en contradiction avec la théorie psychanalytique », je fus quelque peu embarrassé, car il avait été pour moi trop bien démontré que le cas présenté n'était pas en contradiction avec la théorie et il me semblait que l'observation clinique, relativement succincte, était simplement compatible avec le diagnostic de paranoïa et avec la théorie psychanalytique de ce délire, telle qu'elle avait été développée à partir du cas Schreber, sans lui apporter de notables arguments ou développements nouveaux. C'était certes méconnaître que l'objet persécuteur n'était pas ici du même sexe que la patiente et qu'il s'agissait d'un cas d'homosexualité hétérosexuelle, ou, plus exactement, d'homosexualité traitée par le truchement d'un objet de l'autre sexe. La boutade qui aurait pu me venir à l'esprit à mon premier contact avec ce texte aurait simplement reproduit les dernières et célèbres répliques du film Certains l'aiment chaud : « Mais je suis un homme ! — Personne n'est parfait. » Plus sérieusement, je crois avoir alors orienté ma pensée vers le délire érotomaniaque, dont l'appartenance aux états paranoïaques n'est pas discutée et qui, conformément à la tradition sociale et culturelle et à la nature du couple parental, choisit bien un objet de l'autre sexe. Cette orientation de mon esprit avait probablement été déterminée par la fréquence et la variété des mouvements et des conduites d'ordre érotomaniaque dans les états psychotiques les plus divers, au-delà du délire érotomaniaque stricto sensu et par la thèse proposée par Jean Kestenberg1, selon laquelle la relation d'objet érotomaniaque était la matrice du délire. Cette thèse m'a beaucoup aidé à comprendre le