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L'ouvrage de K. R. Eissler Léonard de Vinci. Etude psychanalytique est le fruit d'un intérêt soutenu de l'auteur pour l'œuvre de Freud et plus spécialement pour Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci. Il avait auparavant consacré un ouvrage à Gœthe, auquel il fait allusion à plusieurs reprises dans l'ouvrage que j'analyse maintenant.
Comme Eissler le rappelle, le Léonard était tenu par Freud lui-même pour une de ses études favorites « la seule jolie chose » qu'il eût jamais écrite. Déjà dans une lettre à Fliess en 1898 il parle de Léonard de Vinci et en 1907 il indique parmi ses dix livres préférés celui de Merejkovsky : Le Roman de Léonard de Vinci dont il tirera plus d'une indication pour sa propre élaboration. Mais Freud a été stimulé plus directement pour écrire cet ouvrage par l'examen d'un patient qui avait la même problématique que Léonard de Vinci, le génie en moins.
Eissler suggère une identification précoce à Léonard de Vinci de Freud pensant que son œuvre risquait d'être méconnue comme celle du génie de la Renaissance, dont les écrits scientifiques avaient dormi trois siècles dans le silence des bibliothèques avant d'être reconnus. Un des thèmes du livre de Freud est le conflit qui existait chez Léonard entre le savant et l'artiste ; n'y aurait-il pas une certaine autoréférence, la personnalité du créateur de la psychanalyse se déployant à la fois dans une intuition proche de l'art et dans une vigueur théorique scientifique heureusement harmonisées, mais entrant parfois en conflit, comme le suggère sa discussion avec Romain Rolland du sentiment océanique ?
K. R. Eissler voulait d'abord croiser le fer avec un historien de l'art, le Pr Meyer Schapiro, qui avait fait une critique de l'ouvrage de Freud en 1956 ; certains de ses arguments avaient eu un tel impact dans certains milieux psychanalytiques que Eissler se mit en devoir de les réfuter, tout en approuvant au passage certains des points de vue de Meyer Schapiro. Eissler veut justifier — dit-il — le mod