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Je ne parlerai que d'un sentiment affectif éprouvé par moi — en priant de m'excuser de la relative impudeur du témoignage personnel — lors d'un épisode de ma pré-adolescence.
Je ne voudrais pas qu'on se méprenne sur le contenu « manifeste » qui apparemment l'a fait surgir, d'autant plus que cet « émoi » est revenu à maintes reprises, depuis, dans mon existence personnelle. Il me semble qu'il y a là une « loi » psychique ou du moins une détermination psychique qui concerne l'après-coup. C'est un sentiment voisin de l' « inquiétante étrangeté » mais différent de lui, qui donne à la « présence au monde » un caractère de distance, souvent à tonalité fantastique, que certains dénommeront état second hystérique, d'autres psychotique. Et pourquoi pas! Mais cet état « extra-naturel » n'anéantit pas le moi mais le rend plus présent à lui-même, plus vivace, plus délibéré, plus volontaire.
La première fois que je l'ai vécu, ce fut lors de ce que j'ai appelé une dé-conversion religieuse. J'avais été éduqué dans la religion chrétienne catholique, dans un milieu modeste, plutôt pauvre qui croyait aux valeurs que le grand écrivain Bernanos défendait, à savoir la « grâce ». Quand l'occupation de la France par les nazis fut « installée », que Pétain serra la main à Hitler à Montoire, que les lois « raciales » furent signées et exécutées, capitulation plus effrayante que la capitulation ayant amené à l'armistice, je sentis brusquement mon principe d'identification chrétienne, au Christ, s'effondrer. Comment : on ne mettait pas d'« étoile jaune » à toutes les statues et peintures représentant Jésus — un juif ? Comment : les chrétiens ne devaient pas porter, eux aussi, par identification au juif Jésus, l'étoile jaune ? L'église officielle, la bourgeoisie française « classique » — mais pas qu'elle —, désincarnait totalement, délibérément, le principe même qui aurait dû l'habiter, à