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La genèse de l'œuvre de Sigmund Freud est inséparable de son autoanalyse, qu'il mène sans interruption des débuts de la psychanalyse jusqu'à son extrême vieillesse. Tout son œuvre a un versant autoanalytique, les développements, les achoppements, les carences même de la psychanalyse relevant de l'évolution et des aléas de ce processus poursuivi sa vie durant. Latent dans ses écrits les plus théoriques, il se révèle parfois directement : ainsi dans les lettres à Fliess1 — alors non destinées à la publication — lorsqu'il jette les bases du complexe d'Œdipe à partir des découvertes faites sur lui-même et ses patients ; tel aussi en 1936, Un trouble de mémoire sur l'Acropole2, une ultime élaboration consacrée à un épisode survenu trente-deux ans plus tôt et qui n'avait cessé de solliciter — en vain — sa réflexion depuis lors.
Ce texte extrêmement bref — il n'a que huit pages — n'en est pas moins, à la fin de sa vie, un véritable condensé de son auto-analyse où l'on peut saisir en filigrane plusieurs lignes de réflexion, s'enracinant dans sa pensée antérieure mais affleurant au sein d'associations et de réflexions théoriques nouvelles. Ces pages bien connues sont éclairées par l'échange épistolaire — qui l'est moins — s'échelonnant de 1923 à 1936 entre S. Freud et R. Rolland3 4 5, le Trouble de mémoire étant,