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« A M…, ville importante de la haute Italie, la marquise d'O…, une dame veuve d'excellente réputation, mère de plusieurs enfants parfaitement élevés, fit connaître par la voie de la gazette que, sans s'expliquer comment, elle se trouvait enceinte, que le père devait se présenter pour reconnaître l'enfant qu'elle mettrait au monde et que, pour des considérations de famille, elle était résolue à l'épouser » (Heinrich von Kleist, La marquise d'O…).
Tant que les enfants se contentent de poser leurs questions en terme de comment — comment fait-on les enfants, comment ça fonctionne ? — les parents se dédouanent à bon compte par des réponses plus ou moins compliquées mais qui restent dans le registre d'un fonctionnement pourvu de sa cohérence propre et de sa logique interne, peu importe d'ailleurs laquelle, les choux, la cigogne ou les petites graines. Quand, en revanche, les questions sont posées en terme de pourquoi, les choses se compliquent car les enfants pourchassent alors un sens qui excède le système clos des comment et met inévitablement les parents dans l'embarras d'un questionnement sur les origines. Interrogés en fait sur leur propre désir — pourquoi fait-on des enfants ? — les parents se dégagent par un subterfuge péremptoire : tu comprendras plus tard ! ; ce qui revient à affirmer que l'avenir apportera l'explication après-coup de ce qui s'est passé avant.
Cette opération familiale simple ne souligne pas seulement les difficultés d'une quelconque réponse sur les origines, elle insiste aussi sur la croyance en une temporalité qui ne sera pas simple répétition mais apport d'un supplément. Une évolution, une maturation, pubertaire