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La double lecture de Freud à laquelle Monique Schneider se livre pour Freud et le plaisir, celle des lettres que Freud a écrites à Fliess au cours de l'automne 1897 jointe à celle d'ouvrages théoriques majeurs — notamment Pulsions et destin des pulsions — est destinée à produire un effet de jeu de glaces dans la galerie des images que Freud nous a laissées de lui.
De cette manière, Monique Schneider soumet à la question le legs de Freud concernant l'influence du plaisir sexuel réprimé dans l'étiologie des névroses. Ce procédé de lecture simultanée lui fait découvrir, en s'appuyant également sur les travaux de Conrad Stein, la face d'ombre des images dites glorieuses de Freud ; elle découvre la présence de l'homme en celui qui a voulu être le porte-parole d'une vérité scientifique, de même que les pulsations du chercheur effrayé qui animent le théoricien conquérant.
Pour résumer d'une métaphore le fil conducteur du livre, on pourrait dire que la promotion que Freud a voulu assigner au plaisir, aussi bien dans la vie quotidienne que dans la vie psychique, n'est que la partie visible d'un iceberg dont la face cachée, vouée au refoulement, à la répression ou au déplacement porte le nom de séduction. Séduction qui, au regard de la description qui en est faite, transcende les paradigmes du réel : elle est attribuée à un agent ubiquitaire, nocturne insaisissable, à une « surimpression d'entités féminines » : femme matrice, femme silhouette, femme fond, femme forme, figuration de la féminité, figuration de la maternité. Il s'agit d'une expérience de séduction qui réduit l'homme, comme autrefois l'enfant, à un débordement de soi dans un monde sans limites.