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Je ne rendrai pas compte de ce merveilleux essai de Marthe Robert, je ne ferai que conseiller aux praticiens de la psychanalyse… et de la littérature, de le lire.
Marthe Robert pose une question essentielle sur l'influence de l'écrit sur le monde de la vie. Il n'y a pas de théorie sur le pouvoir des choses écrites, dit-elle, pas de théorie du pouvoir de la fiction.
Toute la modernité de l'esprit, partant de Baudelaire jusqu'au modernisme du bel-esprit (Valéry, Sollers), n'a pu résoudre cette question que les bouleversements des cinquante dernières années ont rendue encore plus aiguë, plus énigmatique ; l'ardente question éthique demeure.
Nous savons bien, avec Freud et la psychanalyse, que le roman familial, administrant l'érotisme et l'ambition, régule la complexion œdipienne dans la littérature même ; nous savons bien aussi, avec Freud, que la fiction invente une réalité qui peut dire l'insolite (heimlich, un-heimlich) parce que touché par la « grâce » ou l' « horreur » du narcissisme primaire ; plus la fiction est lointaine, plus la vérité d'un réel est proche… nous connaissons la fascination qu'exerce sur nous le narcissisme du « génie » (narcissisme qui se dit aussi, dans sa primarité, son caractère originaire)… Bref, comme le fait remarquer avec force Marthe Robert, nous prêtons au génie tout le bien, jamais le mal que nous réservons au seul médiocre.
On arrive à « excuser » Céline, Jouhandeau, Drieu La Rochelle…
La xénophobie, la plupart du temps, la judéophobie, sont relevées comme fautes vénielles. Parle-t-on même de l'antisémitisme de Shakespeare (Le marchand de Venise) ? De même parle-t-on des compromissions staliniennes d'Aragon, ou même de la complaisance de Freud à Mussolini1 ?
Pourquoi oublions-nous si vite, pour les « génies », les « arriérations psychiques » (sic), les archaïsmes de l'inconscient ?
Pourtant, si l'œuvre est si souveraine, si l' « écrit » nous « touche » tant et nous entraîne tant, si son pouvoir est aussi considérable, pourquoi si peu de re