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En matière de mythologie, une démarche doit précéder toute tentative d'exégèse. Il faut chercher comment les événements qu'un mythe relate pouvaient être compris par ceux qui l'ont répété de génération en génération. A cette fin, il faut considérer les situations comparables aux situations mythiques qu'ils ont connues dans la vie réelle, les sentiments et les jugements qu'elles leur ont inspirés ; considérer aussi les instruments que leur pensée mettait en œuvre, lorsqu'ils écoutaient le mythe, et les associations qui se tissaient alors dans leur esprit. Certes une telle étude ne nous donne pas immédiatement la clé d'un récit et ne nous livre pas d'emblée la signification des images qu'il utilise ; seule, pourtant, elle nous prémunit contre le risque des interprétations abusives, propres à révéler les doctrines ou les phantasmes de l'exégète, mieux que le sens du texte qu'il commente.
Avec vous, je ferai quelques pas dans une démarche préliminaire de cette sorte, en considérant l'un des thèmes que nous voyons traités dans le mythe d'Œdipe : celui de l'inceste.
Voici deux premières observations.
Les Grecs de l'époque classique n'ont possédé aucun mot qui signifie exactement « inceste ». Pour désigner certaines des unions que nous jugeons incestueuses, ils utilisaient des expressions complexes, telles que ἀνήχεστος χαὶ ἄνομος γάμος, mariage aux conséquences irrémédiables et contraire à la loi, γάμος ἀσεβής, mariage impie, ou mieux encore γάμος ἀνόσιος, mariage contraire à l'ordre religieux. Le fait que ces expressions sont composées, leur pluralité et leur alternance dans la désignation d'unions réprouvées montrent que les Grecs ne situent pas ces unions dans une catégorie unique, définie assez clairement pour avoir reçu un nom spécifique. Les adjectifs illégal, impie,