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On ne peut interpréter un mythe en l'isolant de son contexte sans qu'il y ait risque de l'appauvrir et d'en réduire le sens ; c'est ce qui a été rappelé par Jean Rudhardt lors du dernier Colloque de Deauville.
Mais le mythe est par nature ce qui se transmet au travers des époques et des générations. Il se transforme, présente des variantes significatives, ainsi qu'il a été montré, mais sa transmission témoigne de sa permanence.
Il arrive parfois qu'une histoire individuelle telle que nous la raconte d'emblée un patient présente d'étranges analogies avec une histoire mythique, comme si l'anecdote, le contingent était mis de côté au profit d'une ligne directrice qu'il s'agirait de vivre pour le sujet comme un destin, régi par une loi à laquelle l'individu ne pourrait se dérober. C'est ici que ce destin prendrait son sens fort : mise en marche inéluctable d'une volonté supérieure dont le héros serait l'exécutant. Faible en tant qu'homme, sa force vient de ce qu'il est l'élu, élu et partant non responsable en tant qu'individu. Etre au-delà des différences, des compromis, représenter soi-même le conflit de forces contraires, le laisser intact, insoluble, c'est, en même temps que le représenter, éviter de s'y soumettre, être non plus acteur de la tragédie mais lieu de sa représentation.
On comprend la séduction d'une telle entreprise, même si elle doit être payée du renoncement à bien des satisfactions pulsionnelles. Tout prendrait donc un sens, une direction, le cours des choses se déroulant nécessairement selon une ligne continue ; non plus discontinuité d'événements mais continuité fantasmatique, ce qui différencie le mythe de l'histoire, comme l'écrivait Nicos Nicolaïdis1.
De même qu'histoire et mythe s'entrecroisent dans la vie d'un