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La Médée d'Euripide : une tragédie écrite avant la guerre du Péloponnèse, dans une Athènes encore en paix. Médée : une barbare parmi les Grecs, une sorcière, une furie, capable du crime entre les crimes, le meurtre de ses propres enfants. Horreur…
L'Odéon était plein, du parterre au Chagall : j'étais venue dans l'espoir d'éprouver, une fois de plus, un plaisir de théâtre tout neuf, je n'ai pas été déçue ; la mise en scène de Jean Gillibert et le jeu des acteurs offraient cette gamme de sensations sonores, visuelles, de la violence rouge et bruyante à la confidence feutrée, chantée, dansée, qui laissent le maximum de chances au spectateur, non seulement de jouir d'être là, mais encore de percevoir le plus large jeu d'harmoniques.
Le décor, c'est une chambre, inaccessible et offerte, au plus haut de la maison de Médée, là où elle pleure, là où elle crie. La pièce se déroule somptueusement, la voix au double registre de Christine Fersen donnant au personnage de Médée une double profondeur ; Médée souffre, ruse, semble plier, pour mieux organiser sa vengeance de femme délaissée par un Jason infidèle autant qu'ingrat : n'avait-elle pas, pour lui, abandonné sa patrie et sa famille, sacrifié la vie de son frère ; ne lui avait-elle pas conquis la Toison d'Or, avant de lui donner deux fils, dans ce pays où elle est étrangère, mi-redoutée, mi-respectée. Médée se venge, trompe la méfiance de Jason en faisant remettre par ses propres fils à la nouvelle épousée de leur père un voile somptueux et un diadème imprégnés d'un poison fatal : Creüse, fille de Créon, nouvelle femme de Jason, est transformée en torche vivante, puis meurt au milieu de mille brûlures, corps rougi par les flammes sur lequel Créon vient expirer lui aussi, rongé par le feu dès qu'il se jette sur le corps de sa fille… Là ne peut s'arrêter la haine de Médée pour Jason, ni son besoin de vengeance totale : les fils qu'elle a eus de lui vont mourir, transpercés de sa main. A Jason, il ne restera rien, nulle épouse,