You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Entre le purisme et la rigueur, il est certes difficile de retrouver une pensée révolue — telle la « pensée mythologique grecque » — par notre propre pensée, qualifiée, en l'occurrence et pour cause, de « moderne ». Ce type de difficulté me paraît bien s'apparenter à celui que rencontre le psychanalyste dans sa pratique : la mise à jour des processus psychiques participe d'une reconstruction. Il y a cependant une différence de taille : dans la psychanalyse le sujet du discours est aussi le sujet des affects, or les affects du sujet grec antique ont disparu avec lui, nous n'en percevons que les mots.
Ainsi la pensée grecque antique est-elle dite morte, privée de la dynamique de la vie, ne nous ayant laissé que des traces décharnées, des témoignages amortis de ses contenus sensitifs, sensoriels, affectifs… de son « vécu » ; ainsi sont enfouis ses lieux de déchirure, ses affrontements, ses controverses, discussions et palabres. Detienne nous rappelait, il n'y a pas si longtemps, que nous avons tendance à nous représenter cette pensée d'une manière linéaire, sans la profondeur et le polymorphisme sur lesquels elle s'est ancrée : la « pensée grecque » fut une pensée discutée de son temps.
Est-elle cependant si inabordable ? Ce n'est pas en tout cas faute d'être abordée ; et puis aussi la « mythification » est partie déterminante des processus de la pensée universelle, dans le temps et l'espace. Elle eut un développement très singulier dans la Grèce antique. Mais lorsqu'il est dit, comme tout à l'heure, comme un rappel à la modestie, que « la psychanalyse a aussi ses mythes », nous sommes quand même renvoyés, sinon à un abus, plutôt à un mésusage du mot. En même temps il est certain que nous avons tendance à considérer que notre pensée moderne serait en « progrès » par rapport à la pensée antique, sous la forme par exemple des effets du savoir scientifique qui la particularise : notion inhérente et sans doute utile à la vie d'une pensée, cette idée du