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Chez les Grecs anciens, nous dit Jean Rudhardt, l'inceste divinise. Le traitement de deux patients qui ont vécu un inceste père-fille pendant de nombreuses années m'a permis de me rendre compte à quel point un fantasme de non-désir semblait être au premier plan dans l'inceste consommé. Serait-ce la motivation de ce lien ?
Je préfère qualifier de non-désir ce qu'on représente souvent comme fantasme de fusion avec la mère. Il me semble que pour certains patients, imaginer une activité psychique régie par la représentation d'un état de non-désir rend mieux compte de l'incapacité de l'appareil psychique à soutenir un désir, fût-ce celui de fusion avec la mère.
Du fait de l'association entre l'inceste et la divinisation, et à partir de ces expériences, je m'interroge sur l'aspect de réalisation hallucinatoire de non-désir que véhicule le sacré, sur la part de Nirvana projetée sur les dieux, même quand ils sont « bien de chez nous ». Ce fantasme doit opérer, probablement, dans les religions à dieu unique, où la notion d'inceste n'a pas de sens, davantage que dans les religions polythéistes. Si l'inceste, chez les Grecs, est un laissez-passer pour l'Olympe, l'Olympe est structuré par le complexe d'Œdipe et n'est donc pas de tout repos. L'union condamnable accomplie s'y échoue.
Aussi, quelle fonction peut-on accorder à la projection en un dieu de ce fantasme ? Sert-elle de protection contre l'attrait du Nirvana ? Comme si, d'avoir institué l'être sans limites, sans temporalité, épargné par les marques du désir, permettait d'accepter, pour un temps, qu'on n'en soit pas ? Qu'en présence de cette puissance d'emprise absolue il deviendrait concevable, possible, de jouer tout seul sa vie d'être distinct, sexué, livré à sa pulsion et à son objet ? Faut-il le culte de la pulsion de mort pour promouvoir l'espace d'Eros ? et de la névrose ? Ou encore, cette projection du non-désir sur le dieu rend-elle pensable