You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Les échanges extrêmement stimulants auxquels nous venons d'assister sur la fonction du Mythe comme mémoire et comme construction ont fait surgir à mon esprit la réflexion de Nietzsche :
« Y a-t-il quelque chose de plus audacieux, de plus épouvantable et de plus incroyable, quelque chose qui éclaire les destinées humaines, tel un soleil d'hiver, autant que cette pensée qui se trouve dans Homère :
« Les Dieux disposent des destinées humaines et décident la chute des hommes,
« Afin que des générations futures puissent composer des chants. »
Pensée saisissante, en effet, non seulement parce qu'en face de la Moïra implacable, elle affirme que c'est la conscience de l'homme qui fonde l'événement. Mais parce qu'en delà du Mythe, elle assigne à la fonction créatrice — artistique ou poétique — son vrai sens qui n'est pas d'inventer mais de révéler ce qui, sans elle, n'aurait pas d'existence.
Ceci m'a menée à quelques réflexions sur la variation du thème du tabou de l'inceste, développé bien sûr à toutes les époques dans la littérature, mais très précisément et d'une manière particulière, à la fin de l'Ancien Régime.
L'inspiration littéraire, dans l'Europe du xviiie siècle, prise dans les remous idéologiques qui la bouleversent, l'écoute des craquements dans sa mécanique subtile, semblent nous convier au spectacle d'une « mise en scène » sociale où les rôles ne sont plus distribués d'avance, mais se déplacent, s'échangent dans les entrelacs où les entraînent, les travestissent, la ruse, l'illusion, la duperie, la dérision ; l'enjeu est d'obtenir la maîtrise. Ne pas perdre, ne pas se perdre. Echec au roi, fallacieusement au centre, encore, de l'échiquier.
Les personnages de Marivaux, de Beaumarchais, Laclos ou Prévost tirent tous un plaisir exquis — voire mortifère — de ces inter-relations où toutes les « figures » sont possibles, l'inceste y compris. Corps de plaisir — mais corps de plaisir social où la jouissance perverse est d'égarer l'autre ou de le vider de son identité.