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«… Le deuil de la perte de quelque chose que nous avons aimé et admiré paraît à tout le monde si naturel qu'on le considère comme allant de soi. Mais le deuil est une grande énigme pour le psychologue, un de ces phénomènes qu'on n'arrive pas à s'expliquer et qui met en rapport avec d'autres phénomènes obscurs. Nous imaginons que nous possédons une certaine quantité de possibilité d'amour» appelée libido, qui, à l'origine de l'évolution, serait tournée vers le Moi propre. Ultérieurement mais déjà au fond, tout de même très tôt, elle se détourne du Moi pour se tourner vers les objets que nous introduisons ainsi, d'une certaine façon, dans notre Moi. Si ces objets sont détruits ou perdus, notre capacité d'amour, libido, est à nouveau libre. Elle peut choisir d'autres objets en remplacement ou retourner temporairement sur le Moi. Mais pourquoi le détachement de la libido de ses objets est un processus aussi douloureux, ne nous est pas compréhensible et nous ne possédons aucun moyen de faire des hypothèses. Nous constatons simplement que la libido se cramponne à ses objets et ne veut pas y renoncer même lorsqu'un objet de remplacement est déjà tout prêt. Voilà ce qu'est le deuil. »
Un enfant meurt, il était jeune. Un autre enfant est conçu pour le remplacer, venant prendre la place, en réalité et à l'insu des parents, du travail de deuil qu'ils n'étaient pas en état d'effectuer. Le choix précipité et prématuré d'un nouvel objet — l'objet de remplacement — est une des nombreuses modalités défensives auxquelles l'être humain peut avoir recours pour s'épargner, ou plutôt tenter de s'épargner, les impératifs douloureux du travail du deuil qui, de toutes les façons,