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Je n'avais pas assez soupçonné à quel point, en présentant sur le fétichisme, je me tendais des pièges ou à quel point on me guettait à plus d'un tournant. Au cours de la préparation de mon rapport, j'étais devenu réfractaire à cette habitude trop répandue de parler de fétiche à propos de tout et de rien, de voir des fétiches en tout et partout. J'ai voulu échapper aux critiques de Jean Beaudrillard qui déjà en 1970 disait que le fétichisme était en voie de devenir « le concept-fétiche d'une pensée vulgaire… fétichisme des objets, fétichisme de l'automobile, fétichisme du sexe, fétichisme des vacances, etc. ». Mais voilà que je n'y échappe pas tout à fait, si tant est qu'on puisse y échapper : on me signale en effet que je suis peut-être en train de fétichiser le fétichisme. Je ne chercherai ni à m'absoudre ni à me protéger ; par ailleurs, sous d'autres rapports aussi, je me dis que je n'ai plus le choix : je ne peux que poursuivre ma démarche en pensant, et c'est très rassurant, que peu importe où cela me mènera, peu importe le ou les penchants pervers personnels que je trahirai, étant donné qu'il n'y a plus rien à craindre, plus rien à cacher : n'est-il pas affirmé plus que jamais que non seulement nous sommes tous psychotiques, tous névrosés et last but not the least que nous sommes tous pervers, donc, je me dis, tous normaux, quoi que nous fassions et pensions. Encore une fois, il n'y a plus rien à cacher…
« On ne peut contenter tout le monde et son père »… alors, je crains d'en désappointer certains en n'étant pas disposé à reconnaître sans vergogne que c'est la claire conscience de mes inclinations perverses qui m'a fait souhaiter me familiariser toujours plus avec le monde fantasmatique du fétichiste ; et je ne dirai même pas si je pense que c'est en raison de trop de méconnaissance inconsciente sur moi-même