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« Aussi bien dis-je : la mère perdue est la mère de tout. Enfants kidnappés, nous ne cessons de la refaire depuis la nuit des temps : d'abord comme répétition du même, faisant le temps précisément ; puis, comme rites, fétiches ou dieux : fidélité, vérité, identité ; amour, amitié, inimitié ; élan, divan, psychanalyste… Et si de tout cela nous avons en partage un tant soit peu, de mère pelue point besoin n'avons, quelle qu'eût été l'ardeur de nos vœux pour son pelage, d'ailleurs inexistant… Mère glabre de soi-même, voilà ce que c'est qu'être un humain. Et c'est combien triste, triste à en mourir… de rire » (Abraham, p. 14).
Si ce n'est rire, du moins sourire. Perversion nettement masculine, rareté du fétichisme, fascination extraordinaire de la psychanalyse pour cette perversion ; pléthore d'interprétations exaltant la primauté du pénis : celui que la mère n'a pas, celui que l'on craint qu'elle possède, appels à celui du père, pour se délivrer de ce pénis d'autant plus dangereux qu'il n'existe pas.
« Le fétichisme pervers adulte s'inscrit dans le champ du refus de la différence des sexes et de la dénégation du rôle sexuel du père auprès de la mère… contexte triangulaire… le fétiche est la réponse de l'enfant à l'angoisse de castration… le fétichiste ne résout pas l'œdipe, il le refuse en le niant… » (Lussier, p. 53).
Et pourtant, ici et là, dans ce concert de multiples voix affirmant la primauté du phallus, quelques voix qui détonnent (Greenacre, Weissman, Zavitzianos, McDougall, Piera Aulagnier) et qui voudront souligner que le drame se joue aussi entre la mère et l'enfant. Ce dernier, qu'il soit garçon ou fille, créera le fétiche, soit sur son propre corps ou sur le corps de l'autre, au moment où le phallus s'imposera à la conscience ; pour le désavouer certes, mais en tant que ce désaveu maintient intacte l'illusion de cette unité duelle où mère et enfant auraient vécu inséparables, dans l'unité redoublée de leur complétude respective (Abraham, p. 35). Cette complétu