You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Ne devient pas fétichiste qui veut! Encore faut-il être capable d'imaginer l'imposture et de la réaliser. Encore faut-il être capable d'établir et de maintenir un clivage entre la partie du moi qui est dupe d'une supercherie et une autre partie, qui connaît bien la réalité. Il peut arriver qu'un objet élu dans une velléité fétichiste soit entraîné dans une aventure régressive qui a pour but, au contraire du fétichisme décrit par Freud en 1927, de réduire le morcellement du moi, de tempérer les angoisses de persécution et de séparation et de rendre l'accès à la réalité. Le symptôme est ici trompeur, car cet objet n'est plus porteur exclusif du pénis de la mère châtrée ; il a été élevé à la dignité de « porte-mère » et il représente une tentative de maturation. C'est ce qui m'a été enseigné par Esdras…
C'était à l'occasion d'un enseignement clinique dans un grand hôpital psychiatrique, à Montréal. On m'avait demandé de rencontrer un nouveau malade, un étrange personnage qui provoquait autour de lui des remous de curiosité troublée, car il faisait l'amour avec une drôle de poupée. De plus, il revendiquait âprement son droit d'aller vivre avec elle dans les profondeurs de la forêt du Québec. 24 ans, célibataire, chômeur, il vit au domicile de ses parents.
Esdras a été hospitalisé en catastrophe. Sa mère était exaspérée et son père avouait un échec. Leur fils a toujours posé des problèmes. Il n'est pas comme les autres, il n'est comme personne! Il n'a pas grandi normalement : il n'a été pubère qu'à quinze ans, après que le médecin de famille lui ait donné un traitement hormonal. Pour couronner le tout, c'est un « détraqué sexuel »! Pourtant, quand il était petit,