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Comme Freud l'indiquait déjà, les personnes ne recherchent pas l'analyse à cause de leur fétichisme. André Lussier a donc d'autant plus de mérite de nous présenter des documents cliniques de sujets «… ayant recouru à la psychanalyse pour la seule raison de leur fétichisme ». Aucun des quelques cas dont j'ai eu à connaître ne pouvait s'expliquer par la position freudienne qui faisait du fétiche un substitut du « pénis maternel » manquant. A l'analyse, aucun des cas ne m'est apparu comme une « déviation » du désir mais, tous, comme un moyen de sauver quelque chose du désir et des possibilités de jouissance d'un sujet ayant subi un traumatisme singulier lié à ses objets d'amour fondamentaux, qu'il se soit agi d'une scène libidinale illégitime ou d'un crime et que le sujet y ait participé ou en ait seulement été le témoin direct ou indirect.
Dans un seul de mes cas, il ne s'agit que d'un avatar de l'histoire personnelle d'un homme. Il demande à sa femme de porter des sous-vêtements féminins de couleur noire et les plus beaux possible, ce qu'elle répugne à faire compte tenu de son propre désintérêt pour son corps et pour les parures. Or, à l'âge de dix ans, il a soigné plus d'une année sa mère qui se mourait d'un cancer des voies génitales et lui a assuré les soins les plus intimes. Jouissance et souffrance, amour et mort se trouvent ici plus directement mêlés. Cet homme sensible semble avoir incorporé sa mère mourante dans un premier temps puis, dans un deuxième temps, il fait « porter » la mère incorporée par la femme ; elle doit à la fois ressembler, sous la couleur du deuil, et ne pas ressembler, avec des organes génitaux intacts et voilés, à la mère perdue.
Un jeune homme que je n'ai vu que pour des entretiens préliminaires