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L'ampleur des perspectives ouvertes par Ilse et Robert Barande m'a fait hésiter à proposer une simple définition, également l'exposé de l'expérience clinique personnelle d'André Lussier si nourrie par l'analyse des travaux antérieurs, tout ceci en regard d'une réflexion théorique, la mienne, mettant entre parenthèses, pour l'instant, les cas concrets et tout parallèle avec les nombreuses conceptualisations proposées depuis Freud.
Pourtant je ne crois pas inutile de définir les concepts dont nous nous servons constamment. Nous savons bien qu'un concept, comme celui de perversion par exemple, n'existe pas ailleurs que dans notre esprit, nos propos et nos écrits. Nous savons qu'il n'y a pas de perversion pure dans la réalité et que, d'autre part, comme le disent à juste titre Ilse et Robert Barande, nous sommes tous pervers. Mais en plus, du fait que nous ne le sommes que plus ou moins — précision capitale —, cette universalité ne nous dispense pas plus de définir la perversion que de définir la paranoïa que nous avons tous aussi en partage — plus ou moins — ou encore l'hystérie, la névrose obsessionnelle, etc. Car il y a là une conduite qui se distingue qualitativement de toute autre, c'est pourquoi d'ailleurs sans doute elle a un nom; une conduite dont la spécificité est évidente aux yeux de tous, quelles que soient l'intensité de son mode d'expression, les formes plus ou moins bâtardes qu'elle revêt, et si fugitives ou persistantes que soient ses manifestations.
Donc, si le concept de perversion n'est effectivement nulle part — mais il en est ainsi de tout concept — il n'en est pas moins indispensable pour penser un certain type de phénomènes et pour communiquer entre nous à leur sujet, ceci en référence à une réalité que l'on peut qualifier justement, par moments et par endroits, de perverse.
Mais la perversion naît de l'auto-érotisme, elle en est une forme, il nous faut donc tout d'abord définir l'auto-érotisme.