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I. et R. Barande dérangent : ils ont souhaité nous déranger comme ils sont dérangés eux-mêmes par les contraintes économiques de la condition humaine, de notre inachèvement, contraintes qu'ils rendent si saisissantes. Mais A. Lussier, malgré l'aspect dit plus « classique » de son rapport, nous dérange aussi, heureusement. La première partie de son travail, consacrée au rassemblement des idées sur le thème de la perversion à travers la « littérature » analytique, travail indispensable pour l'approvisionnement du nôtre en multiples éclairages, nous confronte aussi au risque présent, celui-là même souligné par les Barande, de réification, de fétichisation des concepts. A. Lussier parle dans la conclusion de cette première partie de « chaos théorique ».
Cependant, dès que nous le suivons dans son travail analytique, sa relation à ses patients, les concepts reprennent toute leur vie, se réaniment. C'est bien l'expérience que nous faisons répétitivement dans la cure : ce qui surgit de l'échange relationnel, la création de sens dans ce cadre particulier inclut dans le courant associatif de l'analyste tel ou tel concept, tels éléments de théorie recréés dans le mouvement même de la découverte.
En réfléchissant et laissant aller mes associations, je me suis surprise à utiliser le terme de néotène pour désigner ce que je nommais jusque-là autrement. I. et R. Barande nous ont prévenus : il s'agit d'un modèle à faire fonctionner comme métaphore. M. Fain a évoqué les aspects de duplicité du langage : la représentation du néotène suppose celle du non-néotène. Mon association personnelle portait sur l'Introduction du narcissisme par Freud, où il décrit l'attrait qu'exercent sur nous les êtres qui semblent se suffire à eux-mêmes, « ne pas se soucier de nous : les chats, les grands animaux de proie, et même le grand criminel et l'humoriste »… l'enfant et les femmes dont le narcissisme paraît sans faille : « C'est comme si nous les enviions pour l'état psychique bienheureux qu'ils main