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Dominique Geahchan. Chacun le voit exactement. La silhouette est élancée, l'élégance est d'une nette sobriété ; mais il ne le sait pas. L'homme est actif, jamais pressé néanmoins, comme secrètement animé et calme ; semblant toujours venir d'ailleurs sans vouloir vraiment l'oublier, et pour cette raison peut-être, d'emblée étonnamment présent. Le regard est soutenu, sans intrusion ; attentifs rarement surpris ; sérieux, pas forcément grave. Comme pour aider une pensée mobile et disponible, les doigts effilés s'agitent sans fièvre autour de la pipe et du briquet. Devant lui, l'autre se sent comme invité. A parler sans doute. Pas seulement. A trouver plus de sens encore à ce qu'il voulait dire, mais qui n'appartiendrait qu'à soi. C'est vrai qu'on aurait dit qu'il savait tout en même temps qu'il le découvrait. Libre et riche tout à la fois de son expérience intérieure et de son trajet personnel.
Il n'en parlait que rarement. Souvenir et actualité du Liban de son enfance, vie familiale chaleureuse et éprouvée. Attention joyeuse et simple qu'avec son épouse il portait à ses jeunes enfants ; les amis qui le voyaient en mesurent davantage l'importance du drame d'aujourd'hui. Des études littéraires et philosophiques d'abord, laissant au médecin qu'il était devenu ensuite plus de souplesse et d'aisance pour définir l'identité spécifique de la psychanalyse. C'est de celle-ci qu'allait désormais s'inspirer sa pensée ; ce n'est pas autrement qu'en psychanalyse qu'il verrait le sens de son activité.
Ce qui ne veut pas dire que donnant l'essentiel de son temps à l'exercice de la cure-type en pratique libérale, il ait été moins convaincu s'il se situait dans un champ d'activité différent. Il avait, en effet, participé à l'ouverture de l'hôpital Charcot, dans les Yvelines, cherchant à cette époque quelle place pourrait y tenir un psychanalyste qui accepterait de prendre en compte les lourdes réalités psychiatriques et la vie concrète d'une équipe soignante. C'est là que je l'avais ren