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A Jean Trebitsch et Jacqueline Godfrind
Freiberg, Vienne et Londres scandent la biographie officielle de Sigmund Freud mais sa géographie intérieure le conduit aux trois lieux sacrés de l'Occident : Athènes, Rome et Jérusalem nomment le périple d'une mémoire en mosaïque. Miroirs de son regard, elles conjuguent les mots avec l'imprononçable, les images avec l'invisible, les totems avec le tabou. De Freiberg à Londres, Freud nous parle dans une langue où le yiddish se mêle au grec.
Hannibal et son père Hamilcar, Œdipe et Laïos, Enée et Anchise, Joseph et Jacob tissent les voyages de sa filiation.
Derrière les héros, guerrier, législateur, archéologue ou poète, il y a l'humble et fondamentale figure de son père auquel toutes les identifications héroïques le ramènent sans jamais pouvoir effacer la boue du bonnet1.
Jacob Freud est descendu du trottoir comme le lui a demandé un chrétien, ramasser le bonnet de fourrure tout neuf qu'il portait pour célébrer le shabbat. L'enfant Schlomo-Sigismund2 ne peut pardonner cette résignation blessante pour la toute-puissance qu'il prête à son père et pour son propre narcissisme. Il décide d'opposer à l'obéissance résignée, une visible vengeance. L'humiliation paternelle et le désir de revanche qu'elle fait naître vont réciter et organiser sa vie imaginaire et sa réalité biographique.